Dans le champ social et médico-social, notamment en protection juridique des majeurs, de nombreuses institutions ou services sont désignés comme partenaires du seul fait qu’ils interviennent auprès d’une même personne.
Or, le partenariat ne va pas de soi. Il suppose des formes de coopération construites, des cadres partagés – parfois mutualisés par des conventions-, des modalités de coordination et des objectifs communs.
L’interprofessionnalité, quant à elle ne se décrète pas. Elle se construit.
L’interprofessionnalité repose sur une compréhension mutuelle des rôles, des missions et des limites de chacun, ainsi que sur la capacité à articuler les interventions dans un objectif commun : répondre de manière ajustée aux besoins d’une personne.
Aujourd’hui l’expertise isolée ne suffit plus …
Dans de nombreux domaines, l’expertise technique est aujourd’hui très développée. Chaque professionnel maîtrise son champ d’intervention.
Un constat s’impose :
Nous savons très bien travailler seuls mais pas assez ensemble.
Trop de craintes de franchir les « frontières professionnelles », qu’il s’agisse d’aller vers l’autre ou de le laisser entrer dans notre périmètre, continuent de nous freiner.
C’est un tort. La complexité des situations humaines dépasse largement les frontières d’un seul métier.
Nous n’aimons pas toujours travailler ensemble car nous redoutons ce que nous ne maîtrisons pas. Pourtant, comme l’écrivait Rilke, les choses difficiles sont importantes précisément parce qu’elles sont difficiles. La facilité n’est créatrice d’aucune valeur, à part celle d’un confort qui tue l’effort.
Les personnes vulnérables méritent notre coopération, notre collaboration, notre action commune et concertée. Elles valent bien que nous parvenions à dépasser, pour mieux les accompagner, nos craintes, nos freins, nos zones de confort.
Ce n’est pas la juxtaposition des expertises qui fait la qualité
Prenons un exemple simple.
Une personne souffrant de diabète et de surpoids consulte son médecin. Celui-ci pose un diagnostic et recommande des changements de mode de vie : activité physique, adaptation de l’alimentation, suivi régulier.
Mais le médecin n’est ni diététicien, ni kinésithérapeute, ni éducateur sportif.
Si la personne se remet au sport sans accompagnement adapté, les effets peuvent être contre-productifs : douleurs, blessures, découragement, voire aggravation de l’état de santé.
À l’inverse, un accompagnement coordonné – entre médecin, diététicien, kinésithérapeute et le cas échéant, un coach sportif formé – permet :
- de sécuriser le parcours,
- d’adapter les interventions,
- de favoriser une évolution durable.
Ce n’est donc pas de la juxtaposition des expertises qui fait la qualité de l’accompagnement, mais leur articulation : la communication entre professionnels, le partage d’informations utiles, la compréhension du rôle de chacun et la construction d’un parcours cohérent autour de la personne.
Une réalité transposable – et même amplifiée – dans le champ social et médico-social
Cette réalité est pleinement transposable au champ social et médico-social, où elle se trouve amplifiée.
Les situations accompagnées y sont rarement linéaires : vulnérabilités multiples, parcours de vie marqués par des ruptures, articulation entre droits, accompagnement, soins, logement, ressources, entourage…
Aucun professionnel, aucune institution, ne peut prétendre répondre seul à l’ensemble de ces enjeux.
Une complexité structurelle
Le secteur social et médico-social est traversé par une complexité structurelle :
- diversité des acteurs,
- superposition des dispositifs,
- cadres juridiques distincts,
- temporalités parfois contradictoires.
Dans ce contexte, le terme partenariat est souvent utilisé. Pourtant, intervenir auprès d’une même personne ne suffit pas à faire partenariat. Sans coordination réelle, sans compréhension mutuelle des missions, sans articulation des interventions, les actions peuvent rester parallèles, voire entrer en tension.
C’est précisément là que l’interprofessionnalité prend tout son sens : non comme une étiquette, mais comme une démarche construite, visant à
- croiser les regards,
- sécuriser les pratiques,
- donner de la cohérence au parcours.
La protection juridique des majeurs : un terrain emblématique
La protection juridique des majeurs illustre particulièrement cette nécessité.
Chaque situation est singulière. Derrière chaque mesure de protection, il y a une personne : une histoire, des fragilités, des ressources, des droits, une volonté à entendre.
Le MJPM ne peut – et ne doit pas – tout faire seul.
Son rôle implique de tisser un maillage autour de la personne protégée, en mobilisant les bons interlocuteurs, au bon moment, en fonction des besoins identifiés : services sociaux, établissements, professionnels de santé, dispositifs d’accompagnement, familles, partenaires institutionnels.
Les situations complexes (troubles psychiques, addictions, isolement, précarité, problématiques de logement, ruptures de droits) rendent ce travail collectif indispensable.
Mais pour qu’il fonctionne, encore faut-il :
- comprendre la place de chacun,
- identifier les contraintes et marges de manœuvre,
- créer de véritables espaces de dialogue.
De la coordination à une culture commune
L’interprofessionnalité ne se limite pas à « travailler ensemble ».
Elle suppose une culture partagée, une capacité à croiser les regards, une posture d’ajustement, l’acceptation que la réponse la plus pertinente ne relève pas toujours de son propre champ de compétence.
C’est aussi un enjeu de formation et d’accompagnement des équipes :
- comprendre les logiques institutionnelles et professionnelles des autres acteurs,
- développer des pratiques de coopération,
- sécuriser les échanges dans le respect des cadres juridiques et éthiques,
- prévenir les tensions et les malentendus qui fragilisent les accompagnements.
… l’interprofessionnalité s’avère l’incontournable levier concret
Pratiquer l’interprofessionnalité n’ajoute pas de complexité.
Au contraire, elle donne de la cohérence à des interventions multiples, dans l’intérêt des personnes accompagnées.
Dans un contexte où les situations sont de plus en plus imbriquées et les exigences institutionnelles renforcées, elle constitue :
- un levier de qualité,
- un outil de sécurisation des parcours,
- un facteur de sens dans l’exercice professionnel.
La personne vulnérable doit être placée au centre, envisagée et pensée dans sa globalité.
Comment imaginer la protéger efficacement sans une vision claire de son parcours de vie, de soins et d’état des lieux de l’exercice de ses droits ?
L’interprofessionnalité, la coordination des actions renforcent sa dignité et son autonomie en l’épargnant d’actions multiples désordonnées voire surabondantes.
L’ambition d’ISISTHOT
Une action forte est fondée sur l’information et la formation.
L’ambition d’ISISTHOT est de marier les deux, pour renforcer l’appétit des acteurs du secteur pour l’interprofessionnalité et la mise en synergie des compétences dans l’intérêt supérieur de la personne vulnérable.